![]() ![]() Le language
A chacun son style, à chacun son langage
Frédéric de Prusse voulait savoir quelle était la langue de l’homme. Il a alors ordonné à des nourrices de veiller sur une cohorte d’enfants, mais avec l’interdiction formelle de leur parler. Aucun enfant n’a survécu à ce silence Ce qui tend à prouver que le langage est indispensable aux enfants au même titre que le lait et la chaleur.
Un bébé naît avec un cerveau, 100 milliards de neurones et il est doué pour la parole, mais il ne parlera que s’il entend parler autour de lui. Qu’est qui fera du bébé un être conscient, un « moi, je » ? Pas seulement les gènes mais la rencontre avec l’autre qui lui dira « tu ». En effet, l’image de l’autre est fondamentale. Dès le début de la vie, le bébé, face à face avec sa mère, établit une « protoconversation » caractérisée par des « areuh ». Peu importe ce qui est dit, c’est l’inflexion de la voix qui compte. Ce langage imagé et mélodique permet un échange fondamental et constructif entre le bébé et son environnement. Pour les enfants multiples, on comprend bien qu’il soit primordial d’établir une relation différenciée et unique avec chacun pour l’acquisition du langage. Le nourrisson écoute, mais qu’est-ce qu’il entend, qu’est-ce qu’il comprend, qu’est-ce qui donne du sens à ses sens ? Au départ, le bébé prend tout : les couleurs, les formes, les sons et peu à peu, il traite les informations pour leur donner du sens. Par exemple, le bébé associe le lait et le biberon au plaisir de boire et d’être dans les bras de Maman, mais il ne donne pas de sens au mot « biberon » en tant que contenant. Le Dr Myriam Szejer (pédopsychiatre et psychanalyste) n’a aucune idée de ce que comprend le bébé, mais elle a remarqué que lorsqu’elle réussit à trouver les mots qui donnent un sens à son histoire et à son devenir, le nourrisson va mieux. En 20 mois, à peu près, le nourrisson va maîtriser sa langue maternelle Pour cela, il va choisir entre plusieurs techniques :
C’est le tempérament propre à chacun qui les poussera vers une stratégie plutôt qu’une autre. Les enfants communicateurs préféreront la stratégie 1 ou 2, tandis que les enfants plus réfléchis parleront quand ils sauront exprimer ce qu’ils ont fait. Lorsque la Maman a une langue maternelle différente de celle du pays où elle vit, le nourrisson montre vers 10-12 mois, une préférence spontanée vers la langue de Maman. Ultérieurement, une infinité de variables ( écoles, lieux publics, télévision…) peuvent faire que l’enfant préféra l’autre langue. L’apprentissage de plusieurs langues dès la naissance est tout à fait possible et n’entraîne pas de retard de langage. D’ailleurs, la Maman transmet mieux son amour et établit plus naturellement l’échange avec ses bébés dans la langue qu’elle a appris elle-même lorsqu’elle était bébé. Oui, mais je ne les comprends pas… L’acquisition du langage chez les jumeaux présente des particularités. Généralement, cet apprentissage se fait avec un retard de six mois environ par rapport à des non jumeaux. La façon dont la mère éduque et communique avec ses enfants a aussi une influence. Et en tant que parents de jumeaux ou plus, vous avez sûrement entendu parler de cryptophasie. Mais qu’est ce que cela peut bien vouloir dire, et comment tenter d’y remédier ? Ce terme a été introduit par René Zazzo et correspond à un « isolement verbal à deux ». C’est un jargon incompréhensible par tous ceux qui ne font pas partie du couple gémellaire. C’est un mode d’expression assez rudimentaire qui se construit au moment de l’acquisition du langage, par simplification et déformation de ce qu’ils entendent. Le fait de simplifier et déformer est un phénomène naturel à tout enfant, mais chez les jumeaux, ce jargon est compris et entretenu par le co-jumeau. Ainsi, ils font moins d’efforts pour se faire comprendre par l’entourage, puisqu’ils se comprennent entre eux. L’existence de ce langage peut prendre des formes différentes :
Ce langage peut en partie s’expliquer : les mots déformés ou une syntaxe trop simplifiée (tournure grammaticale…) proviennent souvent de la façon dont les parents s’adressent à leurs enfants. Ca pourrait s’expliquer par les conditions particulières dont les jumeaux apprennent à parler :
Cependant, il faut savoir que les formes légères, très fréquentes pendant la petite enfance, disparaissent assez vite dans la plupart des cas. Mais cela peut aussi demander une rééducation. Généralement, il faut faire suivre les deux enfants. Dans le cas où un seul devrait être suivi, il s’agit le plus souvent du plus réservé. Quand les deux sont à rééduquer, la prise en charge se fait individuellement par les orthophonistes. Car il s’agit souvent d’enfants qui vivent dans un cocon et qui ont du mal à développer leur individualité. Il faut donc les y aider séparément. La rééducation commence vers 3 ans 1/2. Elle nécessite un dialogue important avec les parents, le but étant de chercher à individualiser les enfants. C’est ainsi qu’on apprend qu’il est préférable de parler 10 minutes avec chacun, plutôt que 20 minutes avec les deux. Les rééducations sont généralement brèves, comme si le fait de venir seul chez l’orthophoniste permettait déjà au jumeau de s’individualiser. Toutes ces hypothèses reposent sur quelques études. Il n’existe pas à ce jour d’analyse poussée sur la cryptophasie. Il faut donc être très prudent sur ce phénomène qui intrigue beaucoup et témoigne fortement du lien de connivence qui unit les jumeaux. En plus, ils ont des difficultés à l’école… Lorsqu’un enfant parle mal, démarre difficilement son apprentissage de la lecture et de l’écriture, on peut soupçonner une dyslexie. Le plus souvent, l’enfant se trompe dans les sons : entre « a » et « an » , « s » et « ch » , « c » et « g », « f » et « v » … Ils confondent les lettres « p » et « q ». Ils inversent des lettres ou des syllabes « tu » et « ut » , « or » et « ro » , « fossé » et « sofé » , « cabane » et « bacane ». Ils en oublient : « arbe » pour « arbre » ou « babe » pour « barbe ». Ils en rajoutent (par exemple « paquet » et « parquet »), les remplacent (« chauffeur » et « faucheur ») et/ou restent lexicalement flous : « carafe » au lieu de « vase ». Ce qui peut donner un « M’man, j’ai mis la fonquiture sur la artine ». De plus, ces petits écoliers ont souvent du mal à se concentrer, ne se repèrent pas bien dans l’espace et dans temps (confondent droite/gauche ou attribuent 99 jours à une année.). L’idéal, si vos enfants souffrent de ce genre de difficultés, est de vous adresser à la consultation pluridisciplinaire d’un service hospitalier spécialisé dans les troubles du langage, et à défaut, consultez un orthophoniste. Le dépistage précoce d’une dyslexie est possible dès 3 ou 4 ans. N’hésitez pas à consulter si on dit de l’enfant : « il s ‘exprime peu » , « son langage est difficilement compréhensible » et s’il y a eu des dyslexies dans la famille. Un dysfonctionnement neuropsychologique serait à l’origine de ces troubles. La psychothérapie aide à soigner les conséquences de la dyslexie ( souffrance, isolement, dévalorisation de soi …) , mais ne soigne pas la dyslexie. Il n’existe pas de traitement standard à la dyslexie, la rééducation orthophonique sera adaptée à chaque enfant. Dans certains cas, l’enfant peut également être suivi par un neuropsychologue qui stimule sa mémoire, son attention et ses capacités de raisonnement logique, par un psychomotricien qui l’aide à se situer dans le temps et dans l’espace, et par un psychologue qui lui apporte son soutien et l’aide à relativiser tous les problèmes engendrés par ses troubles. La durée de la rééducation est variable selon chaque enfant. Ce handicap semble être ignoré par l’Education Nationale. Celle-ci ne propose ni structure susceptible d’accueillir les jeunes dyslexiques, ni dispositif de soutien en cours d’études comme aux Etats-Unis où ils peuvent bénéficier de la possibilité de se faire aider à prendre des notes ou d’un temps supplémentaire au moment des contrôles écrits. Beaucoup trop d’enfants sont orientés vers des structures inadaptées : Classe d’Intégration Scolaire (Clis) pour le primaire, Etablissement régional d’enseignement adapté (Erea) pour le secondaire, ou bien Centre Médico-pédagogique (CMP). Pour vous aider :Apedys-France (Fédération Nationale des Associations de Parents d’Enfants dyslexiques) 55, domaine de Villepreux-Cantelaude, 33160 St Aubin-de-Médoc Tel : 01 34 61 96 43 E-mail : apedys.France@wanadoo.fr Coridys (Coordination des Intervenants auprès des personnes souffrant de dysfonctionnements neuropsychologiques) 44, rue Poussin 75016 Paris Tel : 01 40 71 62 02 Internet : www.coridys.asso.fr Vous n’êtes pas seuls…Mes enfants ont commencé à parler vers 18 mois, et ce n’est que vers 2 ans qu’ils ont composé des phrases compréhensibles. Si la fille est plus précoce au point de vue moteur et autonomie, le garçon a acquis plus de vocabulaire et fait l’effort de prononcer les mots correctement. Sa soeur, par contre a adopté un charabia (qui semble compris par son frère mais qu’il ne parle pas) qui est une contraction excessive des mots composant ses phrases. Une maman de jumeaux de 26 mois.
Les triplés coquins : Ce n’est que vers 15 mois qu’ils ont commencé à prononcer leurs premiers mots (papa, maman, gâteau…). A 18 mois, nous avons insisté un peu sur leur langage en leur faisant répéter des mots nouveaux rencontrés sur un livre, mais toujours de façon collective. Mais à chaque fois, les 3 coquins déformaient volontairement les mots afin de provoquer l’hilarité de son frère ou de sa soeur, qui bien sûr répétait la même bêtise. Ensuite vers 20 mois, nous nous sommes aperçus que chaque enfant, pris individuellement, était plus attentif mais que par contre, lorsqu’ils jouaient ensemble, il nous était impossible de décrypter un seul mot de leurs conversations. Mais eux se comprenaient puisqu’ils prenaient les mêmes jouets ou partaient dans la même direction ! Cela n’a duré que quelques mois. Aujourd’hui, ils ont 2 ans 1/2 et vont à l’école. Ils ont chacun leur caractère et leur langage :
Il me semble donc que l’apprentissage du langage est bien sûr différent d’un enfant à l’autre, mais est probablement plus difficile dans une famille d’enfants multiples car il faut éviter la compétitivité et la comparaison. En revanche il est très motivant de voir que vos efforts ne sont pas vains quand ils répètent ce que vous leur avez appris… et en coeur s’il vous plaît !! Une maman de triplés de 33 mois.
C’est pas moi !!! Pascaline et Esther-Anne ont commencé très tôt à se parler. Babillage, direz-vous, pourtant, elles se contentaient de cela pour discuter entre elles, se raconter, se dire plein de choses. Ce n’était pas facile de les comprendre. Avec le temps, leur couple est devenu sociable et à force de communiquer avec d’autres enfants, à la halte garderie puis à la maternelle, ce langage, qui leur était propre, a disparu. Pourtant, pendant longtemps encore, elles se sont l’une et l’autre appelées Patère (association de leurs deux prénoms). Aussi quand une bêtise était faite, c’était toujours de la faute de Patère, mais jamais de l’accusée. Pauvres parents étions-nous alors ! Comment savoir la vérité ? Famille Lallier de Pontault Combault. Publié le mercredi 7 mai 2008
par webmaster
Publié le mardi 6 mai 2008
par webmaster
Mis à jour le mardi 12 août 2008
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